L’ObNH salue une initiative structurante pour la presse haïtienne
Port-au-Prince, le 4 mai 2026
À l’initiative de l’Association Haïtienne des Médias en Ligne (AHML), l’Observatoire du Numérique en Haïti (ObNH) a participé, du 27 au 29 avril 2026 à l’hôtel El Rancho (Pétion-Ville), à un atelier de consultation dans le cadre du projet « Espace Civique ».
Soutenue par le Peacebuilding Fund et adossée au programme du Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme, l’initiative s’est déroulée sur trois jours et a réuni des organes de presse, des représentants de la société civile et des spécialistes du secteur numérique.
Le représentant de l’ObNH et Coordonnateur national d’Action Durable en Haïti, M. Gesly Sinvilier a activement pris part aux échanges. Il salue une démarche dont la portée dépasse le seul cadre déontologique. En engageant simultanément un travail normatif et un travail d’objectivation du secteur, l’AHML répond à une carence ancienne du paysage médiatique haïtien, où ni les pratiques professionnelles ni la composition réelle de l’écosystème ne font l’objet d’un référentiel partagé.
Le calendrier retenu par l’AHML coïncide avec une phase de transition électorale dont les équilibres demeurent précaires. Dans ce contexte, l’information remplit une fonction de régulation sociale dont la défaillance produit des conséquences directes sur la cohésion nationale.
La désinformation, l’amplification involontaire de discours liés à la violence armée et la circulation virale de contenus non vérifiés constituent autant de facteurs aggravants pour un tissu démocratique déjà fragilisé. L’élaboration concertée d’un cadre déontologique apparaît, à cet égard, comme une exigence opérationnelle.
Un environnement médiatique sous double tension
La première journée des travaux, consacrée à l’analyse du cadre de fonctionnement des médias en Haïti, a confirmé un diagnostic que l’ObNH documente depuis plusieurs mois. Le secteur évolue sous une double tension.
D’une part, un cadre légal hérité d’une époque antérieure à la transformation numérique, dont le décret du 18 décembre 2025 a tenté de corriger certaines insuffisances sans parvenir à embrasser l’ensemble des réalités contemporaines, notamment celles des journalistes numériques, des blogueurs professionnels et des créateurs de contenus.
D’autre part, une fragilité économique et sécuritaire qui pèse sur l’indépendance éditoriale et sur la sécurité physique des travailleurs de presse.
À ces facteurs structurels s’ajoute un déficit d’instruments de mesure. L’absence d’un état des lieux fiable du paysage médiatique haïtien rend difficile toute politique publique informée. La cartographie annoncée par l’AHML répondra utilement à cette lacune, à condition qu’elle intègre l’ensemble des typologies actives sur le territoire : presse écrite, radio, télévision, médias en ligne, podcasts, correspondants indépendants, influenceurs et créateurs de contenus numériques.
La contribution de l’Observatoire du Numérique en Haïti
L’Observatoire a soumis aux organisateurs un document de propositions et recommandations articulé autour de plusieurs axes. Le premier rappelle que la liberté de la presse, conquise au lendemain de la chute du régime des Duvalier et consacrée par la Constitution de 1987, constitue le socle non négociable de toute initiative de régulation. Aucune charte, aucun texte de loi ne saurait s’en affranchir.
Le second axe porte sur l’intégration explicite des médias numériques dans le périmètre de la charte. Les standards déontologiques classiques requièrent une adaptation aux formats spécifiques du journalisme en ligne : vérification des faits, gestion des corrections, traçabilité des sources, traitement des contenus viraux et responsabilité éditoriale en environnement numérique.
Le troisième axe concerne le décret du 18 décembre 2025. L’Observatoire reconnaît la valeur de ce texte en ce qu’il pose les premières bases d’une reconnaissance juridique formelle des activités de presse. Il en signale néanmoins les zones d’ombre : statut imprécis des journalistes numériques, faiblesse des mécanismes consultatifs, garanties d’indépendance insuffisantes pour les organes de régulation, silence sur la cybersécurité et la protection des données personnelles. Une révision participative du décret s’impose, dans une logique d’amendement et non de substitution.
Le quatrième axe articule la complémentarité entre la charte et le cadre législatif. Une charte volontaire, par nature non contraignante, ne peut suppléer à l’absence d’une loi protectrice. Sa portée dépend de l’adhésion des acteurs et de l’existence de mécanismes de suivi crédibles. L’Observatoire recommande que l’élaboration de la charte soit accompagnée d’un plaidoyer coordonné en faveur d’une réforme législative pertinente, qui puisse garantir aux travailleurs de presse des conditions d’exercice dignes et sûres.
Une responsabilité partagée face aux discours de violence
La couverture médiatique de la violence armée a fait l’objet, lors de l’atelier, d’échanges particulièrement substantiels. La distinction entre l’exercice du droit d’informer sur la violence et la participation involontaire à sa propagation traverse aujourd’hui les rédactions haïtiennes. La viralité des contenus issus des réseaux sociaux peut transformer un organe de presse en relais d’escalade lorsque les protocoles de vérification ne sont pas appliqués.
La charte en préparation devra intégrer des principes opérationnels précis sur ce point, et les programmes de formation continue devront en assurer l’appropriation effective par les rédactions.
L’Observatoire recommande que l’élaboration de la charte soit accompagnée d’un plaidoyer coordonné en faveur d’une réforme législative pertinente
Suites attendues
L’Observatoire du Numérique en Haïti maintiendra sa participation aux phases ultérieures du processus, notamment lors de la rédaction et de la validation de la charte. Il mettra à disposition de l’étude cartographique les données dont il dispose sur le segment numérique du paysage médiatique.
Il poursuivra par ailleurs son plaidoyer en faveur d’une révision du décret du 18 décembre 2025 et explorera, avec les acteurs présents lors de l’atelier, des partenariats susceptibles de renforcer la portée collective de la démarche.
L’initiative « Espace Civique » ouvre une séquence dont l’aboutissement dépendra de la capacité des parties prenantes à transformer un consensus de principe en instruments opérationnels.




















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